Pour une start-up belge qui recrute son premier Business Developer, le bon profil est presque toujours un vendeur confirmé, capable de vendre seul, sans marque connue derrière lui, et d’écrire au fur et à mesure le processus qu’il applique. Ce « builder » se situe entre le junior qu’on forme et le Head of Sales qu’on installe : il fait le pont entre la vente du fondateur et la future équipe commerciale. Le profil exact dépend ensuite du stade de financement, du panier moyen et de la langue de vos clients. C’est le premier cadrage que nous faisons quand un fondateur nous confie le recrutement d’un Business Developer.
En bref
- Tant que la vente n’est pas répétable, le fondateur vend lui-même. Le premier Business Developer arrive quand le même discours fonctionne chez des clients différents.
- Au stade seed, recrutez un builder : il a déjà vendu seul, à un panier proche du vôtre, et il laisse derrière lui un processus écrit.
- Le junior livré à lui-même et le cadre de grand groupe habitué à une marque forte sont les deux erreurs de casting les plus coûteuses en début de vie.
- Le BSPCE n’existe pas en droit belge : l’intéressement passe par des warrants ou des options, imposés dès l’octroi.
- Depuis le 1er juillet 2026, l’engagement d’un premier salarié ouvre droit à une réduction de cotisations ONSS de 2 000 € par trimestre, sans limite de durée.
Premier commercial ou builder : de quoi votre start-up a-t-elle besoin ?
Trois fonctions se cachent derrière l’intitulé « Business Developer » dans une jeune entreprise. Le SDR (Sales Development Representative) génère des rendez-vous qualifiés et les transmet à un autre vendeur. Le commercial exécutant suit un processus qui existe déjà : cibles, argumentaire, grille tarifaire, outils. Le builder vend et construit le processus en même temps. Il teste des segments, note pourquoi un prospect refuse, ajuste sa séquence d’approche et consigne ce qui marche, pour que la personne suivante n’ait pas à tout redécouvrir.
Au moment du premier recrutement commercial, il n’existe en général ni processus écrit ni closer à qui passer des rendez-vous. Le SDR et l’exécutant arrivent donc trop tôt, et le builder est le seul des trois à travailler sans structure. Cette distinction prolonge celle que nous faisons entre Business Developer et commercial classique ; les missions du poste figurent dans notre fiche métier du Business Developer.
Un test rapide : s’il vous manque du volume de rendez-vous sur une offre qui convertit déjà quand vous la présentez, un exécutant ou un SDR peut suffire. S’il vous manque la preuve que votre offre se vend sans vous dans la pièce, il vous faut un builder.
Quel profil recruter à quel stade : pré-seed, seed, série A ?
Le stade de financement donne une bonne idée de la maturité commerciale, à condition de ne pas confondre les deux. Une levée de fonds apporte le budget du recrutement. Le signal qui dit quand l’utiliser est la répétabilité : la même approche produit-elle le même résultat chez des clients différents ? Nous détaillons ce critère dans notre article sur le bon moment pour recruter un premier Head of Sales en start-up, et il s’applique tel quel au premier Business Developer.
| Stade | Situation commerciale typique | Profil à recruter | Piège à éviter |
|---|---|---|---|
| Pré-seed | Le fondateur vend, quelques clients ou pilotes, offre et prix encore mouvants | Le plus souvent personne en CDI ; au besoin un builder senior à temps partiel ou en mission | Recruter pour ne plus vendre avant d’avoir compris pourquoi les clients achètent |
| Seed | Une dizaine de clients ou plus, un segment qui répond mieux que les autres, discours stabilisé | Un builder confirmé, full cycle, de la prospection à la signature | Le junior seul, ou le cadre de grand groupe qui n’a jamais vendu sans marque |
| Série A | Processus documenté, objectifs chiffrables, besoin de volume et parfois d’un deuxième marché | Deux ou trois Business Developers, un SDR si le volume le justifie, puis un Head of Sales | Nommer le premier Business Developer manager par ancienneté |
En Belgique, la contrainte budgétaire est très concrète au démarrage. En février 2026, Wallonie Entreprendre a lancé StartUp Boost, un prêt convertible pouvant atteindre 100 000 € pour les start-ups wallonnes de moins de trois ans. Rapporté au coût d’un Business Developer confirmé, chiffré plus bas, un ticket de cette taille paie à peu près une année de salaire chargé.

Le profil type du premier Business Developer
Le diplôme et le secteur d’origine comptent moins que cinq traits vérifiables dans le parcours et en mise en situation.
Il a déjà vendu sans marque derrière lui
Dans un grand groupe, la marque ouvre la porte, le marketing nourrit le pipeline, l’avant-vente prépare la démonstration. En start-up, le Business Developer fait tout cela seul. Cherchez dans son parcours une période où il a dû créer sa propre crédibilité : jeune entreprise, nouveau produit, nouveau marché, distributeur peu connu.
Il a vendu à un panier et à un cycle proches des vôtres
Un abonnement à quelques centaines d’euros par mois se gagne au volume d’appels et à la vitesse. Un contrat de 80 000 € par an signé après six mois de comités se gagne à la cartographie des décideurs et à la patience. Un candidat qui a déjà vendu à votre niveau de prix sait combien de démonstrations, de relances et de validations internes il faut pour signer, et il ne l’apprendra pas sur vos premiers prospects.
Il sait écrire ce qu’il fait
Le premier Business Developer est aussi l’auteur du premier playbook : segments, messages, objections, étapes du cycle, critères de qualification. S’il garde tout dans sa tête, son départ vous ramène à zéro. En entretien, demandez-lui ce qu’un successeur trouverait dans son poste actuel.
Il travaille dans la langue de vos clients
Près de la moitié de nos missions de recrutement se déroulent en Flandre. Un Business Developer qui ne travaille pas en néerlandais se prive d’une grande partie du marché belge, et l’anglais seul passe mal dans les secteurs industriels traditionnels. Comme le marché domestique est étroit, beaucoup de start-ups belges visent tôt les Pays-Bas, la France ou l’Allemagne : la langue du deuxième marché entre alors dans le profil dès le premier recrutement.
Il supporte l’ambiguïté et rapporte ce qu’il entend
L’offre bouge, les prix aussi, le produit a des trous. Un bon premier Business Developer s’en accommode et transforme chaque refus en information pour le fondateur.
Une dernière question, que l’investisseur Jason Lemkin, fondateur de SaaStr, conseille de se poser devant chaque finaliste, résume les cinq critères : achèteriez-vous votre propre produit à cette personne ? Vos premiers leads sont rares ; si la réponse hésite, ne les lui confiez pas. Pour transformer ces critères en grille d’évaluation, voyez comment évaluer les compétences de chasse d’un candidat Business Developer.
Junior, cadre de grand groupe, ancien fondateur : les profils qui déçoivent
Le junior est la tentation budgétaire. Il coûte moins cher, il est motivé, et il peut réussir s’il est encadré au quotidien par quelqu’un qui sait vendre. Au stade seed, cette personne est le fondateur, déjà absorbé par la levée de fonds et le produit. Seul face à un marché que personne n’a balisé, le junior produit surtout de l’activité. Sa place vient plus tard, quand un processus existe et qu’un vendeur confirmé peut le coacher.
Le cadre de grand groupe rassure les investisseurs par son CV. Il a souvent géré de beaux comptes avec une avant-vente, un service juridique et un budget marketing derrière lui. Sans cet appui, son rythme chute, et ses attentes salariales restent celles d’un grand groupe.
L’ancien fondateur est un cas à part. Il sait vendre sans marque et construire à partir de rien, ce qui en fait souvent un excellent builder. Vérifiez deux points avant de signer : accepte-t-il que les décisions de produit et de prix restent les vôtres, et que cherche-t-il pour les trois prochaines années ? S’il prépare son prochain projet, vous financez sa transition.
L’avis de l’expert
Nous sommes spécialistes : Sales, Marketing, Management. Pas généralistes. Quand un cabinet généraliste recrute un Sales Director, il lit le CV. Nous, on connaît la réalité du métier : les vrais arbitrages entre prospection et fidélisation, ce que veut dire piloter une équipe distribuée trilingue sur le Benelux, comment se structure une stratégie commerciale qui tient en B2B complexe. C’est cette connaissance terrain qui sépare un placement qui dure d’un placement qui craque à 18 mois.
Rémunération et equity : construire une offre que la start-up peut tenir
Une jeune entreprise a peu d’historique commercial : ses objectifs de chiffre d’affaires de première année sont des estimations. Un package très lourd en variable fait donc porter au Business Developer le risque d’un modèle non validé, et les bons candidats le voient. Nous conseillons un fixe solide et un variable modéré, assis pendant six mois sur des indicateurs d’activité et de pipeline (rendez-vous qualifiés, opportunités créées, pilotes signés), puis sur le chiffre signé une fois les premières références acquises. Les niveaux de marché sont détaillés dans notre article sur le salaire d’un Business Developer en Belgique.
Pour budgéter, raisonnez en coût employeur. L’exemple ci-dessous suppose un fixe de 4 500 € bruts par mois, à remplacer par votre propre fourchette, pour un Business Developer qui serait le premier salarié de l’entreprise.
| Poste | Base de calcul | Montant annuel |
|---|---|---|
| Salaire fixe | 12 x 4 500 € (hypothèse) | 54 000 € |
| Prime de fin d’année | Un mois de salaire, selon la commission paritaire | 4 500 € |
| Double pécule de vacances | 92 % du salaire mensuel | 4 140 € |
| Variable à 100 % de la cible | Hypothèse | 12 000 € |
| Cotisations patronales ONSS | Environ 25 % (19,88 % de base et 5,12 % de modération salariale) sur 70 500 € | 17 625 € |
| Voiture de société | Budget global de 900 € par mois, cotisation CO2 comprise (hypothèse) | 10 800 € |
| Réduction premier travailleur | 4 x 2 000 €, si l’entreprise est un nouvel employeur | – 8 000 € |
| Coût employeur estimé | Soit environ 7 900 € par mois | 95 065 € |
Selon les instructions administratives de l’ONSS, la réduction groupe-cible pour un premier travailleur est, depuis le 1er juillet 2026, un forfait de 2 000 € par trimestre, sans limite dans le temps. Elle est réservée aux employeurs qui n’ont occupé personne pendant les douze mois précédant l’engagement, et le nouveau venu ne peut pas remplacer un travailleur parti. Elle profite au premier salarié, quel que soit son métier : intégrez-la au budget sans la laisser décider de l’ordre de vos recrutements.
Reste l’intéressement au capital, souvent proposé au premier commercial pour compenser un fixe plus bas. Le BSPCE est un dispositif français, absent du droit belge. Les instruments disponibles sont les options sur actions et les warrants régis par la loi du 26 mars 1999, avec une particularité qui surprend les candidats : l’impôt est dû à l’octroi, sur un avantage forfaitaire de 18 % de la valeur des actions sous-jacentes, ramené à 9 % si le plan respecte plusieurs conditions, dont un blocage jusqu’à la fin de la troisième année civile suivant l’offre. Chiffrez ce coût fiscal pour le candidat et écrivez ce que deviennent ses instruments s’il part. Le mécanisme complet figure dans notre article sur la structuration des BSPCE ou de l’equity pour un Head of Sales ; il vaut pour un Business Developer, avec des enveloppes plus modestes.
Les erreurs qui font perdre un an
Recruter avant d’avoir vendu soi-même
Un fondateur qui n’a mené que trois ou quatre cycles de vente complets ne sait pas encore ce qu’il demandera à son Business Developer. Il écrira une description de fonction générique, jugera mal les candidats et transmettra des hypothèses au lieu d’un discours éprouvé. Le recrutement devient alors le test du modèle, avec un salaire comme coût de l’expérience.
Confier les leads sans intégration
Un Business Developer qui reçoit le lundi matin un ordinateur, un accès au CRM et la liste des prospects va brûler vos meilleurs contacts avec un discours approximatif. Prévoyez des rendez-vous en binôme avec le fondateur, l’écoute d’appels réels et une démonstration validée avant tout rendez-vous seul.
Ne rien écrire sur les objectifs à 90 jours et à 12 mois
Sans objectifs écrits, personne ne sait au bout de six mois si le recrutement est réussi. Depuis le statut unique de 2014, la clause d’essai a disparu des contrats de travail ordinaires : elle ne vous aidera pas à corriger une erreur à bon compte. Votre protection, c’est un scorecard précis avant l’embauche et des points d’étape à 30, 60 et 90 jours.
Comment sécuriser ce premier recrutement
Trois documents se préparent avant toute annonce : un scorecard de quatre ou cinq résultats attendus à douze mois ; un partage écrit des rôles avec le fondateur, qui précise quels comptes il garde et pendant combien de temps ; une fourchette de package validée, variable et intéressement compris. Si l’équipe dirigeante ne s’accorde pas sur le scorecard, le besoin n’est pas mûr.
L’évaluation doit ensuite ressembler au poste : faites préparer aux finalistes une approche de trois prospects réels, jouez un premier appel, testez la défense d’un prix face à une objection, et interrogez leurs chiffres passés avec la précision d’un investisseur. Notre liste de questions d’entretien pour recruter un Business Developer performant donne la trame.
C’est la méthode que nous appliquons. Notre premier appel sert à challenger le brief ; chaque finaliste passe le test de personnalité KOAN, que nous utilisons depuis 30 ans pour lire ce qui fait avancer un vendeur et comment il réagit sous pression ; nous suivons le candidat pendant ses trois premiers mois. La mission est menée en retainer, en douze semaines en moyenne de la signature au candidat signé, avec une garantie de remplacement de six mois. Notre approche dédiée aux jeunes entreprises est présentée sur la page cabinet de recrutement pour start-up.
Questions fréquentes sur le premier Business Developer en start-up
Quand recruter son premier Business Developer en start-up ?
Quand la vente est répétable : le fondateur a signé lui-même une quinzaine de clients, sait décrire son client type, connaît les objections récurrentes et retrouve le même cycle d’un client à l’autre. La levée de fonds apporte le budget, pas le signal.
Faut-il recruter un junior ou un senior comme premier commercial ?
Un profil confirmé, dans la grande majorité des cas. Un junior a besoin d’un processus et d’un coach qui n’existent pas encore au stade seed. Il devient pertinent quand un vendeur expérimenté peut l’encadrer.
Combien coûte un Business Developer pour une start-up belge ?
Sur une hypothèse de 4 500 € bruts mensuels, avec 13e mois, double pécule, variable cible, cotisations ONSS d’environ 25 % et voiture, le coût employeur approche 103 000 € par an, ramené à environ 95 000 € avec la réduction pour un premier travailleur.
Peut-on offrir des BSPCE à un Business Developer en Belgique ?
Non, le BSPCE est français. En Belgique, l’intéressement passe par des options sur actions ou des warrants régis par la loi du 26 mars 1999, imposés au moment de l’octroi sur une base forfaitaire de 18 %, ou de 9 % sous conditions.
Business Developer ou Head of Sales : par qui commencer ?
Par le Business Developer dans la plupart des start-ups. Un Head of Sales a besoin d’une équipe à encadrer et d’un processus à structurer ; il arrive en général quand deux à cinq commerciaux sont en place.
Existe-t-il une aide pour engager son premier salarié en Belgique ?
Oui. Depuis le 1er juillet 2026, la réduction ONSS pour un premier travailleur est un forfait de 2 000 € par trimestre, sans limite de durée, réservé aux employeurs qui n’ont occupé personne pendant les douze mois précédents.
Le premier Business Developer donne le ton de toute l’organisation commerciale qui suivra. Si vous préparez ce recrutement, nous commençons par confronter votre stade, votre budget et votre marché au profil recherché : c’est la première étape de notre accompagnement pour recruter un Business Developer en Belgique.





